ESCALADE

La Salamanquesa

Une douce lueur éclaire le mur blanchi à la chaux. Dans la fraîcheur du soir, les gens assis

sur le trottoir, saluent les passants, nonchalants. Ils profitent de la douceur de la nuit

qui vient.

Du gecko, seul, dépasse le museau "La Salamanquesa". Dans ce pays de chaleur,

on dit qu'elle protège la maison.         
La ruelle en pente nous ramène jusqu'à la fontaine, l'eau fraîche nous désaltère,
Sacs au dos, les cordes enroulées, dans cette fin de journée, nous retrouvons le refuge,

après cette escapade, dans notre univers vertical.

Un élan, un geste rapide, il happe prestement le papillon attiré par la lumière
Puis, aussitôt, rejoint sa cachette. Il est notre emblème, on lui envie son aisance,
Ses pattes, dotées d'un ingénieux mécanisme, lui permettent de gravir les parois

aussi lisses que le verre. Au pied des voies, son esprit est là.

Julio se concentre, au harnais, il a noué la corde, le petit sac de magnésie, les dégaines,

il est prêt . . . Il soulève un pied, prend son appui, ses doigts accrochés aux interstices

du rocher, il s'élève, cherche son équilibre, pose un autre pied plus haut.             
Puis sa main cherche un nouvel appui, plus haut, toujours plus haut, son âme s'anime.
Du gecko, il est l'ami.

A la première chape, il pose une dégaine, passe la corde.
Je l'observe, suis sa progression. Il déplace une main, un pied, une autre main.
Il s'élance, balance, ne pas perdre l'équilibre, pousser sur ses pieds. La pointe du chausson colle à la roche chauffée, chaque espace du rocher est exploité.
Il enchaîne ses mouvements comme une danse. Léger, il paraît animé par une force mystérieuse qui lui permet d'affronter le vide. Il arrive au relais, la corde sur la paroi dessine une courbe semblable à un dessin point par point, que la main d'un enfant relie.

Il s'assure, je me prépare à mon tour, je noue l'assurance de mon harnais, je revis les gestes,

me remémore les déplacements. Ne pas douter, trouver l'appui, l'équilibre, ne pas tirer

sur les bras, rester fluide. A mon tour, la salamanquesa est là.
Elle m'accompagne dans ma lente progression, plus haut, toujours plus haut.
Je suis le chemin, récupère les dégaines une à une, les accroche à mon harnais.
Ce sont mes trophées. Au relais, je rejoins mon ami.

J'ai triomphé.